Au jour le jour…
Les enfants bouleversent notre vie. Ils chamboulent, chacun à sa manière, pas mal de choses sur leur passage. Mais il est possible d'être parent et de vivre, non pas comme avant, mais sous un mode de relation qui permette de concilier les besoins et aspirations des parents et des enfants.
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Un moyen de transport, un mode de vie En portant votre bébé sur le ventre, la hanche ou le dos, vous l'invitez à participer directement à vos activités. Les ballades tout terrain sont accessibles, bébé blotti contre maman, papa, grand-père ou grande sœur… Vous voyagez parmi la foule sans encombre. La vie quotidienne est simplifiée; les grands et les petits sont plus détendus. |
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Ensemble
Les tout petits aiment bouger, marcher, travailler avec vous, découvrir le monde tout en sentant votre chaleur, votre odeur, en entendant vos battements de cœur et votre voix. De ce fait, les bébés portés sont généralement plus calmes et plus éveillés. L'écharpe peut les accompagner lors de la sieste, ou lorsqu'ils sont gardés par une tierce personne. En votre absence, elle est un repère chaleureux.
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Quelles traditions? En Occident, nous trouvons peu de traditions de portage à proprement parler. On mettait bien les enfants hors de portée des dangers (rats et autres animaux) en les couchant dans des berceaux ou en les accrochant au mur, emmaillotés. Mais "porter" rime depuis longtemps, chez nous, avec pauvreté et mendicité. |
Tradition
Nos coutumes reflètent nos croyances. Faut-il écarter les jambes de bébé? Les joindre? Les allonger? Dérouler la colonne de bébé sur un support ferme et plat, dans un tissu qui épouse ses formes? Tant de pratiques diverses, autant de croyances.
Une pratique ancestrale, le maillot
Depuis l'Antiquité, le bébé est emmailloté. Les langes qui recouvrent ses couches mais surtout ses jambes interdisent tout mouvement des membres inférieurs. Au cours du XVIIIéme siècle néanmoins, en particulier dans les villes, cette pratique évolue sensiblement dans sa durée qui diminue, dans des conditions qui s'assouplissent. Le maillot ne prend plus les épaules ou la tête du nouveau-né mais est disposé sous les aisselles; de même disparaît la planche en bois placée entre ses jambes et destinée à les maintenir droites.
Les tentatives pour libérer les bébés de l'entrave du maillot sont restées longtemps vaines en France qui, comparée à l'Angleterre, reste très attachée à cette pratique ancestrale. Dès le XVIIème siècle, l'emmaillotement soulève les critiques de John Locke qui, dans son ouvrage Some thoughts concerning education, publié en 1693, en relève l'inconvénient majeur: entraver les mouvements de l'enfant. L'argument est repris en 1748 par un célèbre médecin londonien, le docteur William Cadogan et, en 1820, les anglais n'emmaillotent plus les bébés. En France, l'un des plus célèbres adversaires de cette pratique est Jean-Jacques Rousseau qui milite pour sa disparition. Le nouveau-né, écrit-il en 1762, dans Emile ou de l'éducation, "était moins à l'étroit, moins gêné, moins comprimé dans le placenta qu'il ne l'est dans les langes...". Ses recommandations sont difficilement entendues et seuls quelques enfants sont "élevés à la Jean-Jacques". Longtemps les avis divergent. Médecins, hygiénistes, sages-femmes partagent souvent les mêmes préjugés. Ainsi en 1953, le docteur Blondet écrit dans ses conseils aux futures mères: "Le maillot français est encore la meilleure façon d'habiller les nouveaux-nés et les nourrissons pendant les premières semaines l'été, les trois ou quatre premiers mois l'hiver pour le jour, les six premiers mois pour la nuit". Pourtant dès 1834, Le Manuel des nourrices était d'un avis contraire: "Vous habillerez le nouveau-né en vous gardant bien de l'emmailloter alors même que les commères vous reprocheraient avec fracas de ne pas savoir l'arranger comme il faut, alors même que cédant à leurs ridicules propos, les parents vous presseraient d'y obéir... qu'on vous permette cette fois de ne pas condamner l'enfant à la torture du maillot." Cependant, il faut attendre le début du XXème siècle pour que se perdre en France sinon le principe du maillot du moins l'habitude d'enserrer et de momifier l'enfant avec des toiles fortes ou en tricot.
Pour déterminer le moment où le bébé est délivré de ses langes - il a généralement autour de trois ou quatre mois -, on recourt jusque dans les années 1950 à la même méthode: on couche momentanément l'enfant sur le ventre et on vérifie qu'il "ait les reins assez fort pour se tenir droit et de lui-même sur ses bras". Après la Seconde Guerre mondiale, l'emmaillotement ne dure plus que six semaines environ, et au début des années 1970, quelque jours seulement. C'est alors qu'il disparaît définitivement.
On peut s'interroger sur la perennité des langes. Elle tient probablement au rôle de la culture paysanne dans la société française. Le maillot a, pense-t-on, trois fonctions: tout d'abord permettre le développement des jambes en les maintenant droites tout en conservant la chaleur, faciliter le port de l'enfant, en particulier "si l'on est pas sûr de l'intelligence et de la sollicitude de la nourrice ou de la bonne", exercer sur le nourrisson une action civilisatrice qui va l'éloigner du caractère animal qui, croit-on, peut toujours se manifester. Ainsi jusqu'au XIXème siècle, le maillot protège l'enfant des autres, qui peuvent le faire tomber, et de lui-même, car il ne peut se gratter, ce qu'il ne manquerait pas de faire, n'étant ni baigné, ni lavé, et restant dans ses excréments. En outre à sa naissance, le corps de l'enfant est considéré au XIXème siècle comme inachevé. Sa mollesse, sa souplesse inquiètent, sa tête ballante, son dos rond, ses jambes repliées sont interprétés comme autant de signes de son animalité toujours prête à s'épanouir; c'est pourquoi le port du maillot tout comme des massages de la tête doivent façonner le corps du nourrisson. On ne s'étonnera pas de voir, après 1968, les femmes qui remettent en question les valeurs traditionnelles, renoncer à emmailloter leurs enfants.
in "La mode et l'enfant (1780-2000)", catalogue de l'exposition au Musée Galliera (16/05 au 18/11/01)
| L'emmaillottage est à nouveau prisé aux Pays-Bas, où des sages-femmes viennent à domicile pour enseigner cet art aux mères qui le souhaitent. |
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L'instrument du pauvre Voyez, par exemple, cette illustration, issue de l'excellent ouvrage néerlandais "Lieve Lasten - hoe kinderen gedragen worden", d'I.C. van Hout, Tropenmuseum, Koninklijk Instituut voor de Tropen, Amsterdam, 1993. Une veuve de soldat avec enfant sur le dos. (Huile sur toile, de Cornelia Scheffer-Lammer, 1769-1839). Nous constatons la béatitude du bébé, lové tout contre sa mère. Une jeune femme sur qui pesait désormais la charge de s'occuper seule de ses enfants et de subvenir à leurs besoins élémentaires. La charge est ici bien réelle: cette mère n'a que ses deux bras pour toute fortune, et elle s'est résolue, dans son exil, à accrocher son enfant sur son dos. De sédentaire et épouse qu'elle était, elle devient veuve et nomade. Son corps - c'est tout ce qu'elle a - redevient le nid, le berceau de son enfant. Dans de dramatiques circonstances. |
Pour remettre certaines pendules à l'heure, un petit tour du monde s'impose...
Notre corps, support de premier choix pour nos enfants. Nous étions riches et nous ne le savions pas!
Voici donc, pour nous, occidentaux apprentis-porteurs, quelques perles tombées des bagages de voyageurs chasseurs d'images.
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"Bébés du monde" Un livre qui vous fera approcher mille facettes des techniques de puériculture existant de par le monde. A consommer sans modération. |
Extrait:
"Emboîté contre la charpente du dos ou contre la hanche
de sa mère, niché au creux d'un pagne ou dans un porte-bébé
en peau - souvent taillé dans l'animal sacrifié lors de son "baptême"-,
le bébé africain va pouvoir affronter le monde en douceur, lové
contre sa mère comme il l'était dans son ventre. Le porte-bébé
lui-même est chargé de symboles liés à la maternité:
au Ruanda, le même mot est employé pour désigner le placenta
et la peau de mouton dans laquelle est placé le bébé. Chez
les Dogons du Mali, les écharpes pour porter les enfants sont faites
de bandes d'étoffes teintes en bleu indigo qui évoque le liquide
amniotique. Ce lien se retrouve dans de nombreuses régions du monde:
ainsi, chez les Ikas de Colombie, des symboles qui représentent le placenta
sont tissés dans l'écharpe destinée à soutenir l'enfant.
La poche que forment certains porte-bébés évoque immédiatement
l'utérus: le capuchon de l'anorak de la femme inuit dans lequel son bébé
tout nu se tient bien au chaud contre le corps de sa mère, le filet dans
lequel on porte l'enfant en Nouvelle-Guinée qui, comme un utérus,
s'étire ou se rétrécit selon la position que prend l'enfant.
Peut-être est-ce en raison de ce lien étroit entre la grossesse
et le portage que les porte-bébés sont souvent des objets fort
importants et très personnels, que l'on utilise rarement pour deux enfants,
comme chez les Matis en Amazonie, où, pour chaque nourrisson est façonné
un nouveau porte-bébé avec les fibres du bourgeon d'un palmier.
Philippe Erikson raconte qu'au cours de ses pérégrinations une
femme, dont le dernier fils était âgé de douze ans, lui
a désigné un arbre en plein coeur de la forêt en lui disant:
"C'est avec cet arbre que j'ai fait le porte-bébé de mon
fils."
Extrait, p. 102, du livre "Bébés du monde",
de Béatrice Fontanel et Claire
d'Harcourt, Editions de la Martinière, Paris, 1998.